Nathalie Monnier
22 Giugno 2026

« Oser essayer » : les femmes et l’ultra, par Nathalie et Loubna

« Résoudre des problèmes, gérer plusieurs choses en même temps, s’adapter en permanence… beaucoup de femmes font déjà cela tous les jours dans leur vie. Et dans l’ultra, ces qualités prennent énormément de valeur. » À travers leur défi sur la Route des Grandes Alpes, Nathalie et Loubna portent un message plus large sur la place des femmes dans l’ultracyclisme.

 

Comment les femmes prennent-elles toute leur place dans l’ultra ?

 

Nathalie :
Grâce à certaines qualités qui y sont essentielles. Dans l’ultra, il y a évidemment le physique, mais il y a surtout toute la partie gestion : la patience, la régularité, l’écoute du corps, la capacité à gérer les émotions, l’inconfort ou la fatigue mentale.

Bien sûr, les hommes gardent souvent un avantage en puissance pure, notamment à vélo. Mais sur des efforts très longs, la performance ne dépend plus seulement des watts. Elle dépend aussi du sommeil, de l’alimentation, de la récupération, du mental et de la capacité à rester lucide pendant des heures ou des jours. Et sur ces aspects-là, les écarts femme / homme se réduisent énormément.

 

 

Vous dites que l’ultra est d’abord une aventure mentale…

 

Loubna :
Oui, parce que dans l’ultra, on est constamment confronté à l’inconnu. Et face à cet inconnu, il y a trois choses essentielles : la gestion de la peur, la capacité à résoudre les problèmes et la gestion de la douleur.

En tant que préparatrice mentale, je vois la peur comme quelque chose de normal. Elle est là pour nous signaler qu’on sort de notre zone habituelle. Le sujet n’est donc pas de supprimer la peur, mais d’apprendre à vivre avec elle et à s’y préparer. Beaucoup de femmes savent très bien gérer cela. Mais souvent, elles restent bloquées au stade de la peur et n’osent pas aller plus loin.

 

Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux freins pour les femmes ?

 

Nathalie :
À mon avis, le principal frein n’est pas physique. Il est surtout mental ou culturel. Beaucoup de femmes n’osent pas se lancer parce qu’elles ne se sentent pas totalement légitimes dans ces univers-là.

Il y a aussi le manque de modèles. Quand j’ai commencé l’ultra, certaines femmes m’inspiraient énormément, comme la française Nathalie Baillon. Voir d’autres femmes réussir ce type d’aventure aide beaucoup à se projeter.

Et puis il y a toutes les questions autour de la nuit, du sommeil ou de la solitude. Rouler seule la nuit ou dormir quelques heures au bord d’une route reste souvent plus intimidant pour les femmes que pour les hommes.

 

Vous pensez donc que l’ultra rebat un peu les cartes à plat entre hommes et femmes ?

 

Loubna :
Oui, je pense. Bien sûr, la puissance physique existe. Mais plus l’effort dure, plus d’autres qualités deviennent importantes : la résilience, l’endurance mentale, la gestion de l’énergie, du sommeil, de la douleur ou des imprévus.

Résoudre des problèmes, gérer plusieurs choses en même temps, s’adapter en permanence… beaucoup de femmes font déjà cela tous les jours dans leur vie. Et dans l’ultra, ces qualités prennent énormément de valeur.

Les aspects mécaniques restent-ils un frein pour beaucoup de femmes ?

 

Loubna :
Oui, cela peut encore être un frein. Moi-même, même si je sais gérer les bases comme changer une chambre à air, je ne suis pas totalement à l’aise techniquement. Et l’idée de me retrouver seule au bord d’une route, la nuit, avec une panne plus compliquée, peut clairement générer du stress.

 

Nathalie :
Nous avons créé une communauté cycliste féminine avec des sorties, des stages et aussi des ateliers techniques : changement de roue, mécanique de base, entretien du vélo…

Et on voit une vraie évolution. Au début, beaucoup de participantes ne savaient pas réparer une crevaison. Aujourd’hui, il y a souvent plusieurs femmes capables de gérer cela très rapidement.

Et honnêtement, ce n’est pas uniquement une question féminine ! Beaucoup d’hommes ne savent pas forcément réparer leur vélo non plus.

 

Vous voulez aussi montrer une autre manière de vivre la performance ?

Nathalie :
Oui, complètement. On peut être ambitieuse sans forcément reprendre tous les codes masculins de la performance extrême. On peut être forte, déterminée, engagée… tout en restant humaine, authentique et parfois vulnérable aussi.

Le but n’est pas de donner l’impression que ce que nous faisons est inaccessible ou « surhumain ». Au contraire. Si notre projet peut donner envie à d’autres femmes d’oser se lancer dans leur propre aventure, alors ce sera déjà très beau.

Vous insistez aussi beaucoup sur la notion d’équipe et de partage…

Loubna :
Oui, parce qu’on présente souvent l’ultra comme quelque chose de très solitaire et centré sur la performance individuelle. Nous, ce qu’on veut montrer, c’est qu’on peut aussi vivre ce type d’aventure dans le partage et le soutien mutuel. Ce défi avec Nathalie s’inscrit totalement dans cette logique-là : avancer ensemble, se soutenir et construire quelque chose à deux.

 

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Quel message souhaitez-vous transmettre avec ce projet ?

Nathalie :
J’aimerais dire aux femmes qu’il faut oser rêver grand. Ne pas attendre de se sentir parfaite ou totalement prête pour se lancer. Nous faisons beaucoup de sport, mais nous ne sommes pas des professionnelles. Et pourtant nous allons tenter quelque chose de très ambitieux.

Loubna :
Et moi, j’aimerais montrer qu’on peut continuer à apprendre et à découvrir à tout âge. Il y a encore plein de choses que je vais découvrir dans cette aventure, comme rouler longtemps de nuit ou enchaîner plusieurs jours à vélo.

Le plus important, finalement, c’est peut-être cela : oser essayer !